Une logique stratégique
Les initiatives géopolitiques des Émirats au cours des cinq dernières années obéissent à une logique cohérente : élargir au maximum leur marge de manœuvre, diversifier leurs partenariats et réduire leur dépendance à l'égard d'un bloc ou d'une alliance unique. Les accords d'Abraham ont normalisé les relations avec Israël, ouvrant de nouveaux couloirs commerciaux et des partenariats technologiques. L'adhésion aux BRICS a élargi l'accès aux réseaux des marchés émergents et à des infrastructures financières alternatives. Les accords bilatéraux conclus avec l'Inde (CEPA), la Turquie, l'Indonésie et d'autres pays ont tissé une véritable toile de relations commerciales préférentielles.
La sortie de l'OPEC ajoute à cet ensemble l'indépendance en matière de politique énergétique. Les Émirats peuvent désormais produire à pleine capacité, définir leur propre stratégie de prix et nouer des partenariats énergétiques bilatéraux sans les contraintes du cartel. Pour les analystes du secteur de l'énergie, le signal est clair : Abou Dhabi se prépare à un monde où la demande de pétrole aura atteint son sommet, en vendant autant de brut que possible tant que les prix restent élevés.
Le départ des Émirats est avant tout le signe visible d'une rupture régionale profonde entre Riyad et Abou Dhabi, et, au-delà, entre deux visions inconciliables de ce que devrait être l'ordre régional dans le Golfe.— Anas Abdoun, consultant international en énergie et affaires mondiales, dans Al Jazeera
La confiance des investisseurs : les chiffres
Les Émirats comptent 1,4 million de sociétés immatriculées. Les flux d'investissements directs étrangers progressent de façon constante, le FMI tablant sur une croissance du PIB de 5 % en 2026. Plus de 250 000 Golden Visa ont été délivrés depuis 2021. À Dubaï, les transactions immobilières ont dépassé 680 milliards d'AED en 2025, soit une hausse de 30 % sur un an.
Ces chiffres donnent à penser que le repositionnement géopolitique n'a pas fait fuir les capitaux : il les a attirés. Les investisseurs semblent voir dans l'indépendance stratégique des Émirats un atout, et non un risque. En se posant en juridiction qui entretient des relations avec tous les grands blocs mondiaux, les États-Unis, la Chine, l'Inde, l'Union européenne et la Russie, le pays se ménage une marge de manœuvre géopolitique que bien peu d'autres juridictions peuvent offrir.
Ce que cela implique pour la stratégie des entreprises
Pour les entreprises qui comparent les juridictions possibles, le positionnement géopolitique des Émirats renforce leur attrait comme place neutre et commercialement pragmatique. Les sociétés qui doivent opérer de part et d'autre des lignes de fracture géopolitiques, en servant des clients sur les marchés occidentaux comme non occidentaux, trouvent aux Émirats une juridiction qui ne les oblige pas à choisir leur camp.
Cette neutralité a une valeur concrète. Elle joue sur l'accès aux services bancaires, les banques émiriennes entretenant des relations de correspondance bancaire dans le monde entier ; sur le choix des routes commerciales, Fujairah offrant une alternative à une logistique tributaire du détroit d'Ormuz ; et sur la posture réglementaire, les cadres réglementaires des Émirats étant conçus pour être compatibles à l'échelle internationale sans alignement politique.
Pour les structures de société holding en particulier, le positionnement des Émirats constitue une proposition de valeur convaincante : une juridiction dotée d'un vaste réseau conventionnel, d'une crédibilité réglementaire, d'une stabilité politique et de l'indépendance stratégique nécessaire pour préserver tous ces atouts à travers les périodes de turbulences mondiales.
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