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9 mai 2026Droit et réglementationEntreprise et droit

Contrôle des fusions aux EAU en 2026 : le seuil de 300 millions AED à connaître avant d’acheter

La décision du Conseil des ministres n° 3 de 2025, entrée en vigueur le 31 mars 2025, a profondément transformé l'environnement de conformité applicable aux opérations de fusion-acquisition aux Émirats. Toute concentration économique dont l'entité issue de l'opération atteint un chiffre d'affaires de 300 millions d'AED aux Émirats, ou dans laquelle l'une des parties détient au moins 40 % d'un marché pertinent défini de manière plausible, donne lieu à une notification obligatoire au ministère de l'Économie, au moins 90 jours avant la réalisation de l'opération.

Audit préalable d'une opération de fusion-acquisition

L'obligation de notification

L'obligation est suspensive : aucune étape d'intégration, aucun transfert de contrôle ni aucune réalisation économique ne peut intervenir avant l'obtention de l'autorisation. Il ne s'agit pas d'un régime de simple déclaration après réalisation, mais bien d'une autorisation préalable assortie de véritables moyens de contrainte. Le non-respect de cette obligation expose à des amendes administratives calculées en pourcentage du chiffre d'affaires réalisé aux Émirats, au pouvoir d'ordonner le démantèlement d'une opération déjà réalisée et à une possible mise en cause personnelle des dirigeants et administrateurs.

L'acquéreur a tout intérêt à procéder à un examen des seuils dès le stade de la lettre d'intention. Si l'entité issue de l'opération est susceptible d'atteindre un chiffre d'affaires de 300 millions d'AED aux Émirats, ou si l'une des parties peut détenir au moins 40 % d'un marché pertinent défini de manière plausible, les parties doivent prévoir au moins 90 jours supplémentaires avant la date de réalisation envisagée.

Ce que cela change pour la rédaction du contrat de cession

Pour les praticiens du conseil en fusions-acquisitions, les conséquences pratiques sur la rédaction sont immédiates. La date butoir de l'opération doit tenir compte du délai de notification de 90 jours, augmenté d'une éventuelle prolongation pour la négociation d'engagements. Les conditions suspensives doivent inclure l'autorisation de la concentration lorsque les seuils sont atteints. Les définitions de changement défavorable significatif doivent envisager le risque d'un refus d'autorisation ou d'une autorisation assortie de conditions.

Les facultés de résiliation du contrat de cession doivent être soigneusement calibrées : un rejet réputé acquis, lorsque le ministère de l'Économie ne se prononce pas dans le délai légal, produit les mêmes effets qu'un rejet exprès. Les parties qui se voient opposer une décision défavorable peuvent la contester par un recours administratif, mais l'obligation suspensive demeure pendant toute la durée du recours : l'opération reste donc gelée.

L'effet de convergence

La convergence entre les modifications de la loi sur les sociétés et les nouveaux seuils de contrôle des concentrations crée, en 2026, un environnement de conformité radicalement différent pour les fusions-acquisitions transfrontalières touchant les Émirats. Les praticiens qui ne voient dans ces changements qu'une formalité de dernière minute s'exposent à un retard de l'opération, à des sanctions réglementaires et, dans le pire des cas, au démantèlement forcé d'une opération déjà réalisée.

Du point de vue de l'évaluation d'entreprise, le nouveau régime ajoute une prime de risque réglementaire aux opérations situées à proximité des seuils. L'acquéreur a intérêt à intégrer le risque lié à l'autorisation de la concentration dans ses modèles de valorisation, en particulier pour les acquisitions de consolidation dans des secteurs où la concentration des parts de marché est forte aux Émirats.

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La réforme de 2023 et le seuil de 300 millions d'AED

Le régime de la concurrence aux Émirats a été refondu par le décret-loi fédéral n° 36 de 2023 (loi sur la concurrence) et par la décision du Conseil des ministres n° 3 de 2025 (règlement d'application). Deux changements importants en ont découlé. D'une part, un seuil de notification préalable obligatoire de 300 millions d'AED a été instauré pour le chiffre d'affaires annuel cumulé de l'ensemble des parties à l'opération aux Émirats. D'autre part, l'ancien critère alternatif des « 30 % de part de marché » subsiste, mais il constitue désormais un critère d'examen au fond, et non plus un simple seuil de déclaration : une opération peut être examinée sur le fondement des parts de marché même lorsque le seuil de chiffre d'affaires n'est pas franchi.

Contrôle des concentrations aux Émirats : le cadre actuel de notification et de sanctions
Critère de notificationRégime à compter de 2023Observations
Chiffre d'affaires annuel cumulé des parties aux Émirats300 millions d'AED ou plusNotification préalable obligatoire
Part de marché40 % ou plus sur le marché pertinentExamen au fond possible
Coentreprises concentrativesOuiVisées si les critères de chiffre d'affaires ou de part de marché sont atteints
Obligation de statu quoOuiRéalisation impossible avant l'autorisation ou l'expiration du délai
Délai d'examen90 jours ouvrables à compter de la notification complèteProlongeable pour les dossiers complexes
SanctionsJusqu'à 10 % du chiffre d'affaires réalisé aux ÉmiratsEn vertu de l'article 27 de la loi sur la concurrence

Ce qui constitue une « concentration »

La notion de « concentration » recouvre les fusions, les acquisitions d'actions ou d'actifs conférant le contrôle, ainsi que les coentreprises qui exercent les fonctions d'une entité économique autonome. Le contrôle s'entend de la capacité d'exercer une influence déterminante : il résulte le plus souvent d'une participation majoritaire, mais peut aussi tenir à des droits de veto, à la composition du conseil d'administration ou à une influence contractuelle. Les réorganisations internes au sein d'un groupe entièrement détenu ne sont pas des concentrations. Les investissements minoritaires qui ne confèrent pas le contrôle n'en sont pas non plus, même lorsque le montant en jeu est élevé.

Secteurs et exclusions souvent négligés

La loi sur la concurrence s'applique parallèlement à des régulateurs sectoriels. Les opérations dans les télécommunications sont examinées par la TDRA ; les fusions-acquisitions dans les services financiers font intervenir la Banque centrale ou les régulateurs du DIFC et de l'ADGM dans leurs juridictions respectives ; l'aviation et le transport maritime disposent de leurs propres régimes. Le ministère de l'Économie se coordonne avec ces régulateurs sans pour autant s'y substituer : certaines opérations sont donc soumises à deux procédures d'autorisation parallèles. Les entités de zone franche ne sont pas exonérées : la loi et son règlement d'application s'appliquent à toute activité économique exercée aux Émirats.

Comment préparer une notification, et pourquoi le calendrier est décisif

Le délai de 90 jours ouvrables ne commence à courir qu'à compter de la notification complète. Une notification incomplète remet le compteur à zéro dès que les informations complémentaires sont fournies. Il en résulte qu'une notification doit être préparée avec le même soin que les documents de l'opération elle-même : analyse de la définition du marché, appréciation des effets sur la concurrence, arguments de gains d'efficacité, mesures correctives proposées le cas échéant. Une notification préparée dans la précipitation donne généralement lieu à des demandes d'informations en phase II, qui ajoutent 30 à 60 jours ouvrables. La coordination avec les conditions de réalisation de l'opération, qui comprennent en principe une condition d'autorisation au titre de la concurrence, est indispensable. Les missions de conseil en fusions-acquisitions confiées à Polaris intègrent l'analyse concurrentielle dès le stade de la structuration, et non comme une formalité de dernière minute après la signature.

Sanctions et risque de mise en œuvre

L'absence de notification d'une opération qui y était soumise, ou la réalisation avant autorisation (gun-jumping), peut donner lieu à des amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d'affaires réalisé aux Émirats. Le ministère a montré qu'il était prêt à recourir à cet outil : une procédure rendue publique en 2024 a abouti à une sanction significative à l'encontre d'un acquéreur étranger qui avait réalisé, avant toute notification, une opération produisant des effets aux Émirats. Au-delà des amendes médiatisées, les parties à une concentration non autorisée s'exposent au démantèlement de l'opération ou à des sanctions contractuelles, autant de conséquences nettement plus lourdes que le coût d'une notification.

Points clés
  • Notification obligatoire dès 300 millions d'AED de chiffre d'affaires annuel cumulé aux Émirats pour l'ensemble des parties à l'opération.
  • Le critère des 40 % de part de marché subsiste pour l'examen au fond, même en deçà du seuil de chiffre d'affaires.
  • L'obligation de statu quo interdit toute réalisation avant l'autorisation : les amendes pour gun-jumping peuvent atteindre 10 % du chiffre d'affaires réalisé aux Émirats.
  • Le délai d'examen de 90 jours ouvrables court à compter de la notification complète ; une notification incomplète remet le compteur à zéro.
  • Les régulateurs sectoriels (TDRA, Banque centrale, DFSA, FSRA) interviennent en parallèle, sans s'y substituer.

Le point de vue de Polaris

Polaris assure le conseil et les audits préalables en fusions-acquisitions dans toutes les juridictions des Émirats. Nous examinons les opérations au regard des obligations de contrôle des concentrations, coordonnons la préparation de la notification et pilotons le calendrier réglementaire en parallèle du déroulement commercial de l'opération.

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